Intervention de Michel Bauwens au colloque de Cerisy « Vers une République des biens communs ? »

Extrait : « Je fais l’hypothèse que le capitalisme a changé d’un capitalisme anti-commun qui employait le travail comme commodité pour créer des marchandises vers un capitalisme qui facilite les dynamiques du commun et qui essaye de capter directement la sur-value créée par les communs. Par exemple IBM paye 2000 personnes pour produire Linux mais profite des 25 000 personnes qui sont payées par ses concurrents et des 25% qui ne sont pas payés du tout parce que ce sont des volontaires qui travaillent sur Linux pour améliorer leur propre activité. Pour une firme capitaliste, s’insérer dans une dynamique de commun est donc intéressant. Comme l’a dit Eben Moglen, avocat de Free Software Foundation : « The commons is the wet dream of both communists and capitalists alike ». Tout ce qui est gratuit est intéressant pour un capitaliste.« 

Retranscription de l’intervention

(Avec l’aimable contribution de Maïa Dereva)

Le pair à pair est la capacité des individus à communiquer, s’auto-organiser et créer de la valeur sans permission, c’est à dire sans nécessairement passer par des intermédiaires comme les entreprises ou l’Etat. La pair à pair est facilité par la technologie et prend deux formes aujourd’hui :

  • le pair à pair commun : des gens se mettent ensemble autour d’un objet commun (logiciel libre, design partagé
  • la capacité de relation marchande distribuée dans une économie soi-disant du partage. Par exemple avec Uber ou AirBnB, il n’y a pas de commun. Ce sont simplement des personnes qui par le biais d’une plateforme sont maintenant capables de créer des relations marchandes sans intermédiaire. Le commun pourrait être la plateforme.

Le mouvement du coopérativisme de plateforme est un mouvement qui essaye, dans la sphère marchande, de créer du commun en faisant de la plateforme un commun qui permet des relations marchandes distribuées, ce qui peut paraître paradoxal.

Voici quelques chiffres pour ceux qui croient que c’est encore périphérique ou marginal :

  • 1/6ème du PNB américain est généré par la connaissance partagée, par des ressources partagées qui créent de l’activité économique : 17 millions de travailleurs dépendent de pans économiques qui dépendent eux-mêmes de certaines dynamiques communes
  • une étude de Tine de Moor (historienne des communs) sur les Pays Bas montre que depuis 2004 il existe une croissance exponentielle de l’auto-organisation civique aux Pays Bas
  • une étude en Flandres qui va sortir, réalisée par Oikos, montre la même chose en Flandres depuis 2009
  • une autre étude dans la ville de Malmö en Suède, près de Copenhague, démontre que 52% de la population de Malmö est active dans la production entre pairs.

C’est donc un phénomène qui fait déjà partie de notre vie et qui y joue un certain rôle. Evidemment, la plupart des phénomènes pair à pair sont insérés dans le système capitaliste, par exemple chez Linux, 75% des développeurs sont payés par des grandes firmes capitalistes. C’est un commun partageable, qui peut aussi être fait en dehors de ces grandes firmes, mais qui est inséré dans l’économie capitaliste.

Je fais l’hypothèse que le capitalisme a changé d’un capitalisme anti-commun qui employait le travail comme commodité pour créer des marchandises vers un capitalisme qui facilite les dynamiques du commun et qui essaye de capter directement la sur-value créée par les communs. Par exemple IBM paye 2000 personnes pour produire Linux mais profite des 25 000 personnes qui sont payées par ses concurrents et des 25% qui ne sont pas payés du tout parce que ce sont des volontaires qui travaillent sur Linux pour améliorer leur propre activité. Pour une firme capitaliste, s’insérer dans une dynamique de commun est donc intéressant. Comme l’a dit Eben Moglen, avocat de Free Software Foundation : « The commons is the wet dream of both communists and capitalists alike ». Tout ce qui est gratuit est intéressant pour un capitaliste.

Je m’intéresse surtout aux gens qui sont à l’intérieur de cette production en commun mais qui luttent contre la domination et la captation capitaliste. Mon estimation personnelle et non scientifique est que 15% de l’activité s’organise autour de la production en commun.

On observe l’émergence d’institutions. La production en commun a déjà créé une nouvelle sphère institutionnelle que je considère comme potentiellement une structure qui peut passer de la micro-économie à la macro-économie. Je vois ça comme un monde potentiel, une nouvelle façon d’organiser la société et l’économie. Il s’agit de trois institutions qui émergent autour de la production en commun :

  • la communauté productive : la production entre pairs n’est pas un système d’entreprise où il faut être engagé pour travailler. Ce sont des systèmes productifs ouverts qui ne sont pas basés sur le travail-marchandise mais sur la contribution. La coordination dans ces communautés productives ne se fait ni par le prix, ni par la commande hiérarchique. Elle s’effectue par la stigmergie, c’est à dire la signalisation mutuelle. Comment savoir ce qu’il faut faire pour Linux ou pour Wikipédia ? Ce sont des systèmes entièrement transparents (on dit holoptiques, c’est à dire la capacité à voir le tout par rapport à n’importe quelle perspective dans le système). Comme les abeilles ou les fourmis, chacun est capable de voir par des signaux ce qu’il faut faire dans le système. Imaginez un terrain de football : les deux équipes peuvent voir le jeu, mais à une échelle mondiale. La production pair à pair n’a aucun problème à être mise en échelle au niveau global. Wikipédia et Linux sont des systèmes qui fonctionnent au niveau global. Le premier satellite open-source a été lancé il y a une semaine : le logiciel et le hardware sont entièrement de la connaissance mise en commun. Ce n’est donc pas marginal mais au contraire, ce sont des systèmes capables de générer de la très haute complexité. Ce ne sont pas seulement des jardins partagés…
  • la coalition entreprenariale : elle peut être extractive (capitalisme qui capte la sur-value du commun) mais aussi générative (des commoners eux-mêmes qui réfléchissent à créer des formes entreprenariales ou autres qui créent des moyens de vivre de leurs communs). Je suis pour un changement de langage parce que « entreprendre » c’est « prendre entre ». Il faut bien se rendre compte de ce que cela veut dire. Par exemple je vis en Thaïlande, là-bas on appelle la classe dirigeante « les mangeurs ». Les « entrepreneurs » c’est comment le peuple voyait les capitalistes, c’est à dire ceux qui « prennent entre ». Il faut donc passer à une vision générative de « l’entredonnariat » c’est à dire une capacité à adopter le point de vue du « comment est-ce que je vais vivre des communs et enrichir les communs ? », « comment est-ce que je vais vivre des ressources naturelles, et comment est-ce que je vais régénérer et enrichir la nature? ». A mon avis c’est le grand shift qu’on est en train de vivre aujourd’hui, cette transition nécessaire et, espérons-le, inévitable. La coalition entreprenariale est intéressante parce que même si elle est capitaliste, elle est co-dépendante des communs et donc elle doit tenir compte des communs. Même chez Linux, IBM a été obligé pour une grande partie de se soumettre aux règles, normes et système de gouvernance qui existait déjà avant son entrée dans Linux. Mais surtout, quand on a une coalition entreprenariale éthique, générative, elle va évidemment être très fortement imbue de cette idée de protéger et de renforcer le commun qui est une ressource dont elle-même dépend. Ce n’est pas seulement de l’altruisme, c’est aussi un intérêt bien compris.
  • la « for benefit association » : comme la Wikimedia Foundation, la Linux Foundation, ce ne sont pas des ONG classiques. Une ONG classique a un peu la même vision du monde qu’une entreprise : elle constate qu’il y a un problème dans le monde, qu’il y a des ressources limitées. Elle va essayer de récupérer ces ressources limitées et de les diriger pour solutionner le problème. Par exemple Médecins sans Frontières a ce point de vue. Il n’y a rien de mal à ça, c’est simplement une description d’une forme de pensée. Par contre, pour la Wikimedia Foundation, ce n’est pas du tout la même chose. Il y a un projet commun (créer une encyclopédie universelle), on croit qu’il y a assez de gens dans le monde qui veulent contribuer à ce projet, donc on va créer une infrastructure de coopération qui va permettre la contribution permanente pour enrichir ce projet. Ces associations font le lien entre les communautés productives et les « entredonneurs » (ici des donateurs). Ils essayent de défendre les licences, la propriété, la gouvernance, etc…).

Ca c’est la forme institutionnelle que prend l’économie du commun dans ce contexte bien particulier.

Le problème principal qui se pose à ces communautés, c’est la capture, autant externe qu’interne.

  • capture externe : les entreprises extractives qui insèrent le commun dans leur système productif pour en extraire de la valeur commerciale, extraction qui peut être de l’ordre de 100% . Par exemple Facebook n’existerait pas du tout sans nos interactions, alors que la valeur commerciale de Facebook n’est nullement partagée avec les co-créateurs de cette valeur. C’est de l’hyper-exploitation, en tous cas au niveau de la valeur marchande.
  • capture interne : dans un commun il y a toujours aussi une distribution de Pareto. 20% des gens font 80% du travail, mais ils ont aussi en général 80% du capital réputationnel. Par exemple, à la P2P Foundation, nous travaillons avec un collectif de traducteurs qui s’appelle Guerilla Translation. 20 personnes traduisent pro bono des textes du commun de l’anglais vers l’espagnol et de l’espagnol vers l’anglais. Un jour, David Bollier leur demande « Est-ce que vous pourriez traduire mon livre ? ». Deux ou trois personnes du groupe vont alors être payées pour faire cette traduction. Cela signifie qu’elles vont capter un capital réputationnel qui a été créé par vingt personnes. Ca c’est une sorte de capture en interne qui pose aussi problème dans ces communautés qui produisent du commun.

Dans ce contexte, je propose la notion empirique de « souveraineté de la valeur ». Bernard Friot, avec qui je vais débattre le 26 septembre à Paris, dit (et là-dessus je le suis) : « la vraie lutte des classes ce n’est pas le partage du gâteau (ça c’est la lutte sociale), c’est qui détermine ce qu’est la valeur ». Or nous sommes dans une dictature de la valeur. Une infirmière catholique bénévole ne crée pas de valeur, une infirmière du service public coûte de la valeur, une infirmière du secteur privé produit de la valeur. On ne sait pas très bien qui a décidé cela, mais le système nous impose cette vision sur la valeur. Donc la première chose à faire pour les communautés de production, c’est de créer une membrane protectrice pour créer la souveraineté de la valeur, à l’intérieur de la communauté productive. Pour cela, il y a deux choses à faire :

  • la comptabilité contributive : on n’est plus dans la division du travail mais dans la distribution volontaire des tâches. Il n’y a pas de « jobs ». On considère la contribution comme l’unité de valeur. Ces contributions peuvent être très diverses : je donne une machine à la communauté, j’ai travaillé quelques heures pour développer ce logiciel particulier, j’ai testé la machine, j’ai participé au financement d’un projet,… La récente étude « P2P Value » qui porte sur 300 communautés pair à pair rapporte que 85% de ces communautés ont des comptabilités contributives. J’ai été très étonné moi-même de découvrir ce chiffre. Ce n’est donc plus un phénomène périphérique, c’est devenu quelque chose de tout à fait normal dans ces communautés.
    Evidemment, nous n’avons pas le pouvoir de changer la société dans son entier. Mais en créant cette membrane de protection on peut prendre acte de l’obligation d’entrer dans la sphère marchande pour pouvoir vivre tout en décidant de ne pas distribuer la valeur en interne de la même façon. Cette valeur marchande qui est captée du marché, on va la distribuer selon nos règles.
  • une licence à réciprocité renforcée : c’est une solution un peu plus controversée. Lionel Maurel a aussi beaucoup écrit là-dessus. Aujourd’hui il existe des licences de partage qui sont une forme paradoxale de communisme libéral (ou du libéral-communisme). La General Public License, qui est dominante dans le logiciel libre, c’est une licence très clairement communiste : tout le monde peut y contribuer et tout le monde peut l’utiliser, à conditions que les développements soient également mis dans le pot commun. Cela donne la liberté aux multinationales d’utiliser le commun sans nécessairement qu’il y ait un devoir de réciprocité. C’est un début de réponse à la question « Qu’est-ce qu’on fait avec le marché ? ». Les marchés médiévaux étaient des marchés à réciprocité, soumis à une morale, à une éthique. On peut être en désaccord avec cette morale. Au Moyen-Age, il y avait une sorte de consensus social sur qui devait avoir quoi, et les prix justes étaient déterminés selon cette morale. La grande révolution du capitalisme fut de remplacer le juste prix par le soi-disant vrai prix, avec évidemment toutes les externalités que l’on connaît. Quand on a une coalition entreprenariale autour d’un commun, on est solidaire et co-dépendant de ce commun, donc on essaye de créer des règles d’activité au moins à l’intérieur de la communauté entreprenariale qui sont basées sur des règles de réciprocité. En faisant cela, on est déjà en train de changer le marché à partir du commun, ce qui, je crois, est très important. La licence à réciprocité renforcée est une licence qui dit d’une part que le partage reste protégé : il n’est pas question de diminuer le partage, tout le monde peut utiliser la connaissance. Nous commoners, en tous cas la branche que je représente, nous pensons que la propriété intellectuelle n’est pas éthique. Si on fait une invention qui peut sauver le monde, ce n’est pas éthique de la protéger contre le partage. Mais d’autre part, la commercialisation est conditionnée à une forme de réciprocité. Et c’est aux communautés de déterminer elles-mêmes ce que cela veut dire. Par exemple, la FairShares Association, qui est une forme de gouvernance de co-propriété de l’économie solidaire en Angleterre, utilise deux licences : une licence Creative Commons Non Commerciale pour tout le monde, et si on veut commercialiser (par exemple être consultant FairShares) on doit être membre de l’association. C’est ce paiement à la communauté qui fait la réciprocité. Cela peut prendre mille et une formes, c’est le principe qui est important.

Il n’y a pas de réponse univoque à la question « entreprise ou pas ? ». Voici quatre exemples de communautés entreprenariales qui ont pris des décisions différentes :

  • Sensorica est une alliance qui crée du hardware scientifique ouvert (Open Scientific Hardware) pour des censeurs essentiellement (d’où le nom Sensorica) basée à Montréal au Canada et qui a une croissance tout à fait sérieuse. Je ne dirais pas qu’ils sont anarco-capitalistes mais ils ont un côté très individualiste. Tiberius Brastaviceanu, qui est un ami, dit : « Moi je ne veux pas de coopérative. Les coopératives c’est vieux, c’est du communautarisme. Je veux un réseau totalement ouvert ». C’est un choix et ils l’ont fait. Dans ce cas, il n’y a donc pas de coalition entreprenariale distincte. Chaque individu peut simplement entrer dans ce système, commencer à travailler, et sera jugé par ses pairs par rapport par une évaluation contributive.
  • Enspiral est beaucoup plus communautaire. Je dirais même que l’essence du travail d’Enspiral c’est cet esprit communautaire. Ils ont des communs :
    • Loomio, un logiciel de prises de décisions démocratiques, que nous utilisons à la P2P Foundation
    • CoBudget, un logiciel de co-investissement dans le réseau qui permet de réinvestir le surplus du réseau dans les projets du réseau.

La coalition entreprenariale est constituée, entre autres, de :

    • Enspiral Academy, une école de codeurs
    • Enspiral Venture, des codeurs qui travaillent essentiellement pour la Silicon Valley
    • et aussi 18 entreprises à but social qui font des choses comme par exemple l’éducation pour les enfants Maoris, etc…

Il y a aussi tout un côté communautaire. Par exemple ils font des retraites (10 jours, en général en février, dans les montagnes de Nouvelle Zélande. Ils sont également très centré sur la solidarité. Par exemple, quand j’étais là, ils étaient en train de faire une collecte pour qu’un de leurs membres puisse acheter une maison (les 10% nécessaires pour la banque sont collectés dans des « savings pools » pour pouvoir s’entraider).

Aujourd’hui la gauche dit souvent « Oui mais le capitalisme va exploiter, dominer, coopter » et donc on s’assied sur sa chaise pour critiquer (je suis un peu cynique là).

Une réponse constructive au constat que nous existons dans un système dominant est le transvesment. Il s’agit de toutes les pratiques de reverse cooptation (cooptation à l’envers). Il ne s’agit plus de se poser la question « Comment le capitalisme va-t-il nous capter ? » mais la question contraire « Comment va-t-on capter la valeur du système dominant ? », c’est à dire toutes les ressources qui sont aujourd’hui contrôlées soit par le capital, soit par l’Etat.

(réponse dans la salle : « Le vol ! »)

Le vol ça c’est possible aussi : la Coopérative Intégrale de Catalogne est un autre exemple que je ne mentionnerai peut-être pas aujourd’hui qui utilise l’appropriation révolutionnaire (comme on disait à l’époque).

Le cap returns cela peut être par exemple accepter des investissements avec un retour garanti de 3, 4 ou 5% dans 10 ou 15 ans. L’investisseur a donc un retour sur son investissement. Mais il y a un mur entre le management du réseau et l’argent, ce qui signifie que ce n’est pas comme du capital-risque, l’investisseur n’entre pas dans la co-propriété ni la co-gouvernance du projet. Il est mis en « quarantaine ». Ce qui est amusant c’est qu’après le projet, il y a un rituel de remerciement : « Merci capitaliste éclairé, nous allons donner cette ressource au commun ». Le transvesment ce sont donc toutes les techniques qui permettent de capter des ressources du monde extérieur, mais de le soumettre et le discipliner aux besoins de la communauté des producteurs en commun.

  • Las Indias est une guilde maçonnique en Espagne. Ils ont choisi ce chemin-là. Ils étaient 6 quand je les ai rencontrés il y a 4 ans, ils sont déjà 300 aujourd’hui. Tous ces groupes sont en expansion, ce ne sont pas des petits groupes, cela fonctionne, c’est important de le souligner. A Las Indias, on entre dans une maison communautaire, on a 3 mois pour se rendre utile. Si on n’est pas autonome, cela ne marche pas, donc on s’en va. Si on se rend utile on devient « fellow » (compagnon). Un compagnon travaille pour les projets puis devient « sous-chef » ou « chef de projet » puis quand on devient « maître » on sort du système productif et on devient entièrement libre et on travaille pour la communauté. C’est un système assez intéressant.
  • Ethos est le plus capitaliste de ces projets. Ils travaillent notamment sur la santé des soldats anglais. Ce sont des grands projets de plusieurs milliards de dollars. Mais en interne ils sont organisés en communauté. Ils ont inventé les double shares (double actions) : tous les gens qui travaillent pour le marché sont rémunérés en actions et tous les gens qui travaillent pour la communauté mais pas directement pour le marché sont rémunérés par des actions qui seront vendues dans 5 ans. De cette façon, ils vont capter la sur-value qu’ils ont apportée à l’écosystème.

Selon moi, ces systèmes et les balbutiements de ces solutions qui commencent à émerger, sont potentiellement un modèle macro-économique. Cela signifie une société constituée de communautés productives.

  • Les citoyens sont devenus producteurs parce qu’ils sont engagés dans une création de valeur pour des communs
  • Les citoyens sont membres d’entreprises, ou de quelque chose de ce genre-là, qui créent une capacité de vie (livelyhood) autour de ces communs mais qui participent à un marché éthique
  • Le modèle de la « for benefit association » est pour moi aussi un modèle de l’état. A côté du bien commun de ces réseaux qui sont des territoires virtuels, il y a une institution démocratique et délibérative qui gère l’infrastructure commune et qui peut très bien s’appliquer comme une vision de l’Etat. Ce serait un état facilitateur, contributeur, etc… qui crée les conditions contributives, c’est à dire qui crée les capacités pour que tous les citoyens puissent contribuer d’une façon égale à ce nouveau système.

Je vais conclure avec une référence que j’aime beaucoup : c’est une stratégie multimodale pour les communs. On reconnaît qu’il y a 4 formes d’allocations, d’échanges :

  • le commun (pooling = mettre en commun des ressources)
  • la réciprocité
  • le marché
  • la redistribution étatique ou hiérarchique

Comme le dit Dmytri Kleiner du groupe allemand Telekommunisten : « Si les capitalistes ont gagné, c’est parce qu’il y avait des capitalistes« . Des capitalistes qui ont moulé le monde à leur image, petit à petit, jusqu’au moment où ils ont fait les révolutions et ont gagné. Je propose la même chose pour les commoners : on part des communs, de notre identité contributive de commoners, et on essaye d’adapter les fonctions du marché, de l’état, de la réciprocité par rapport aux communs.

Aujourd’hui nous avons un système que Kōjin Karatani appelle « Capital-State-Nation » (le capital, l’état et la nation). Selon Karl Polanyi, historiquement c’était la nation qui se révolte, qui force l’état à discipliner le capital, mais cela ne fonctionne plus puisque le capital est devenu transnational et que l’état opère au niveau de l’Etat-Nation. L’idée c’est donc d’aller vers un système commun entouré d’un marché réciproque lui-même entouré d’un état partenaire. On réarrange les meubles en faveur des communs…

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