Plateformes en Communs

Présentation

La dynamique Plateformes en communs a vu le jour à la fin 2017, dans le cadre de l’association La Coop des Communs. Elle repose sur une intuition : les plateformes numériques s’inscrivant dans une logique alternative aux GAFAM ont un rôle essentiel à jouer dans la convergence du coopérativisme, de l’économie du libre, de l’économie sociale et solidaire, de la promotion des communs et de la défense des principes démocratiques. Œcuménique, Plateformes en communs accueille et intègre à ses travaux toute plateforme ou projet de plateforme dès lors qu’elle se reconnaît dans sa Charte – et ce, quelle que soit son approche particulière du commun.
Dès la conférence inaugurale du 5 décembre 2017 à Paris, Plateformes en communs s’est fixé quatre objectifs :

  • Rassembler: créer une communauté française des plateformes coopératives et des coopératives ouvertes sur la production de communs ; 

  • Faire connaître : communiquer en commun sur l’ensemble des services équitables existants ; 

  • Aider : documenter les pratiques innovantes des communautés sur leurs gouvernances, la 
production de communs, et être un lieu de ressources et d’échanges ; 

  • Outiller : créer un ensemble d’outils en commun entre communautés et plateformes pour répondre aux problématiques partagées et innover (sous la forme d’un commun au service 
des plateformes coopératives productrices de communs).

Plateformes en communs n’a pas d’existence juridique propre : il s’agit d’une initiative de La Coop des Communs, à la fois autonome dans ses travaux et totalement intégrée aux autres actions de l’association. Les activités de Plateformes en communs sont coordonnées par un Comité de pilotage qui se réunit toutes les six semaines environ. Souple et informel, ce Comité de pilotage s’élargit régulièrement à de nouvelles personnes qui souhaitent consacrer du temps et de l’énergie à la dynamique du projet. Les plateformes qui le souhaitent participent librement aux différents moments de travail, d’échanges et de réflexion : elles doivent a minima se reconnaître dans le Manifeste et la Charte de Plateformes en communs.

Les plateformes

Plus d'informations sur la démarche

L’idée de coopérativisme de plateformes a déjà une dizaine d’années. Elle s’est forgée progressivement avec la prise de conscience que l’économie collaborative n’était pas en tant que telle un vecteur d’émancipation – bien au contraire ! Censée organiser des formes d’échanges entre pairs, et recourant à la nouvelle puissance des technologies numériques pour remettre en cause les intermédiaires traditionnels, l’économie collaborative est aussi progressivement apparue comme le vecteur d’une prédation économique sans précédent. Au travers d’une revendication « coopérative », un certain nombre d’acteurs ont alors distingué deux logiques diamétralement opposées : celle où le numérique est mis au service d’immenses entreprises de capitaux pour capter des sources prodigieuses de valeur ajoutée et faire main basse sur les informations les plus intimes de tout un chacun, et celle où les technologies informatiques de la communication sont un puissant vecteur d’émancipation, de démarchandisation, de transformation politique et de création de liens sociaux et territoriaux inédits.

En 2014, des figures comme Trebor Scholz ou Nathan Schneider tracent les premiers contours d’un mouvement d’idées international autour de la notion de plateformes coopératives (platform cooperativism). Les plateformes coopératives apparaissent alors comme des organisations connectées appartenant et gérées démocratiquement par leurs membres, inscrites dans la continuité historique du mouvement coopératif international, mais intégrant les nouveaux enjeux de l’économie numérique, ainsi que la culture et les pratiques de production – marquées par l’ouverture et le partage – issues des communautés de logiciels libres.

En 2016, La Coop des Communs se saisit du sujet en France et prépare une rencontre avec les interlocuteurs se réclamant tantôt de ce platform cooperativism, tantôt de « l’Open Cooperativism » (plus proche de la P2P Foundation de Michel Bauwens), sans qu’il soit facile de distinguer l’un de l’autre. Le besoin se fait alors sentir d’une meilleure compréhension entre ces différents courants, mais aussi avec les mouvements coopératifs traditionnels (Cooperative Europe et CECOP/CICOPA notamment), de nouvelles coopératives (comme SMart), ou les villes (REVES, ville de Barcelone…). La conférence a lieu en décembre 2016 au CESE à Bruxelles ; elle permet de faire dialoguer des projets et des représentants d’institutions en présence de la Commission européenne. Cette conférence est fructueuse car les participants décident de rester en lien et de se constituer en groupe de travail. A sa suite, un « deep dive » s’est tenu en région wallonne les 11 et 12 juillet 2017, avec une quinzaine de participants déjà présents à Bruxelles, auxquels se sont ajoutés des syndicats ou le département des coopératives du Bureau international du travail.

La Coop des Communs fonde en 2017 Co-Communs (COmmons with COooperatives, MUnicipalities, UNions) qui est un cadre privilégié des échanges en Europe sur les plateformes coopératives, et où sont particulièrement actives les représentations de Barcelone (équipe Dimmons de Mayo Fuster Morell, co-organisatrice du Sharing Cities Summit visant à dégager des politiques publiques vertueuses des villes dans le domaine de l’économie collaborative), Bruxelles (où un projet ambitieux de la région Bruxelles-Capitale est co-animé par Smart, Febecoop et Saw-B) et Berlin.

Ainsi, à son lancement fin 2017, Plateformes en communs s’est d’emblée inscrite dans une dynamique mondiale où la France apparaît comme un des pays où la réflexion et la fédération des acteurs sont parmi les plus avancées. Au travers de la Coop des Communs, Plateformes en communs est depuis son origine en lien étroit avec d’autres réseaux ou initiatives qui se sont saisis de ces sujets. On peut notamment citer :

  • REVES : Réseau Européen de Villes et d’organisations de l’ESS, qui a l’ambition de favoriser l’expérimentation de plateformes coopératives sur les territoires membres du réseau.
  • CITIES : réseau international permettant des transferts de compétences entre villes (Montréal, Séoul, Barcelone, Bilbao…) pour la promotion de l’ESS. CITIES s’intéresse particulièrement à la gestion collective des espaces culturels, à la finance solidaire, à la santé…
    OIT, via son unité « Coopératives »
  • GSEF (Global Social Economy Forum)
  • Cooperative Europe
  • Différentes plateformes coopératives internationales : FairBnb, Eva.coop, SomMobilitat,
    Partago, etc.

Dans ces cadres, Plateformes en communs a été présentée lors des conférences : Platform Cooperativism 2017 à New York, Open Coop 2017 et 2018 à Londres, AG de REVES à Florence en mai 2017, Procomuns 2017 à Barcelone, GSEF 2018 à Bilbao, Sharing Cities Summit 2018 à Barcelone, RIPESS à Athènes en juin 2017, etc.

Dans le droit français, les plateformes en ligne sont définies depuis 2016 comme des « entreprises qui mettent en relation à distance, par voie électronique, des personnes en vue de la vente d’un bien, de la fourniture d’un service ou de l’échange ou du partage d’un bien ou d’un service » . Les opérateurs de plateformes sont eux désignés comme «toute personne physique ou morale proposant, à titre professionnel, de manière rémunérée ou non, un service de communication au public en ligne reposant sur :

  1. Le classement ou le référencement, au moyen d’algorithmes informatiques, de contenus, de biens ou de services proposés ou mis en ligne par des tiers ;
  2. Ou la mise en relation de plusieurs parties en vue de la vente d’un bien, de la fourniture d’un service ou de l’échange ou du partage d’un contenu, d’un bien ou d’un service” .

Les définitions légales, tout en balisant les configurations générales des plateformes, restent très larges sur leur périmètre d’action. Cette forte latitude s’explique par le caractère indéterminé de ces plateformes, qui font l’objet, depuis leur généralisation au début des années 2010, d’incessants débats quant à leur nature et à leurs perspectives sociales et économiques. La dimension numérique et le mode opératoire atypique des plateformes, à la frontière de la firme traditionnelle et du marché, en font des organisations économiques d’un genre nouveau, qui s’affranchissent – au moins partiellement – des catégories préexistantes.
Les atributs supposés des plateformes de mise en relation sont étroitement liés aux représentations qui les entourent. Deux conceptions dominantes peuvent ainsi être confrontées : d’un côté, une vision enchantée, portée principalement par la notion « d’économie collaborative » et ayant accompagné l’émergence des plateformes, qui met l’accent sur leurs bénéfices communautaires et écologiques ainsi que sur leur potentiel d’émancipation individuelle ; de l’autre, une perspective bien plus critique, incarnée par les détracteurs du « capitalisme de plateformes », qui dénoncent la prédominance de plateformes jugées prédatrices en ce qu’elles tireraient profit de leurs positions d’intermédiaires incontournables pour prélever des rentes substantielles, marchandiser des espaces auparavant réservés aux sphères domestiques et solidaires, et participer plus généralement à une précarisation des travailleurs via le contournement des réglementations en vigueur.

  • Un rapport de l’IGAS paru en 20163 tente de préciser les contours des plateformes en ligne. Il les classifie en sept catégories :
  • Opérateurs de services organisés : livraison à vélo (Deliveroo), VTC (Uber)
  • Jobbing : bricolage, services à domicile (Taskrabbit, Supermano)
  • Micro-travail (Amazon Mechanical Turk, Foule Factory…)
  • Freelancing (Malt, Upwork)
  • Partage de ressources : mutualisation d’un actif par des particuliers, simple (AirBnb, Drivy) ou associée à une « main d’œuvre » (Blablacar)
  • Places de marché (Amazon, LeBonCoin, Etsy, A Little Market)
  • Coopératives électroniques (La Ruche qui dit Oui)

Les plateformes auraient ainsi plusieurs caractéristiques saillantes : 1- ce sont des marchés bifaces ou multi-faces ; 2- elles engendrent une réduction drastique des coûts de transaction (coûts liés à la recherche de l’information pertinente, à la négociation des prix et des contrats et au contrôle des conditions de mise en œuvre des contrats) ; 3- Elles ont besoin de très peu de capitaux par rapport à leurs concurrents de l’économie traditionnelle ; 4- Elles ont de forts effets de réseaux et de rendements croissants. Elles peuvent en outre permettre des transactions en pair-à-pair, en B2C (Business to Consumer) et/ou en B2B (Business to Business).

Toujours selon l’IGAS, l’économie et les plateformes collaboratives traduiraient, au fond, une transition plus générale vers 1- une économie de l’usage plutôt que de la possession ; 2- une économie où les consommateurs sont aussi des co-producteurs; 3- une économie à la demande dans laquelle les besoins des consommateurs sont satisfaits immédiatement grâce à la mise en relation électronique avec des fournisseurs/prestataires ; 4- une économie sans entreprise. Au-delà des startups de l’économie collaborative, on semble assister à un phénomène plus général de plateformisation, conduisant les grandes firmes elles-mêmes à constituer des écosystèmes hétérogènes d’acteurs via l’externalisation des ressources productives et des partages de données standardisées. Déjà opérée dans l’industrie culturelle, en cours dans l’automobile et la mobilité (consortiums autour de la voiture connectée, rachat de Ouibus par Blablacar en échange d’une entrée de la SNCF au capital), cette plateformisation s’observe aussi dans le secteur alimentaire, où certaines plateformes de livraison à vélo, à l’instar de Frichti, souhaitent supprimer le coût « incompressible » des restaurants en créant directement les cuisines pour alimenter leur service.

En France, les plateformes collaboratives réunissaient d’après l’IGAS environ 200.000 travailleurs en 2016, pour 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Dans une étude réalisée pour la Commission Européenne, le cabinet PwC estimait que le montant total des transactions dans les cinq principaux secteurs de l’économie collaborative en Europe – finance, hébergement, transport, services à la personne et services aux entreprises – était de 28 milliards d’euros en 2015 et qu’il pourrait être multiplié par 20 et atteindre 570 milliards d’euros d’ici 2025.

Mis à jour le 7 Janvier 2020

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Les travaux de plateformes en communs ont également été soutenu par CGSCOP et FEBECOOP