Groupe de Travail « Le sens du travail en questions »
Interpellée par une tribune de Pierre-Yves Gomez dans Le Monde, évoquant « le travail mis à distance par les comportements et les attentes des nouvelles générations », La Coop des Communs a initié un groupe de travail composé de praticiens et de chercheurs afin de mieux comprendre comment sont perçues ces questions au sein des entreprises de l’ESS et notamment de celles qui ont opté pour un fonctionnement participatif. En effet, qu’est ce qui fait encore sens aujourd’hui dans le fait de travailler pour une entreprise, outre le besoin de gagner sa vie ? Qu’est-ce qui donne le sentiment du pouvoir d’agir ?
Pourquoi ce groupe de travail ?
Enjeux et contexte
Alors que bifurcation, démobilisation, ennui au travail, turn-over, perte du lien au projet de l’entreprise, constituent autant de phénomènes qui interpellent leurs responsables comme les observateurs du fait social, les engagements éthiques, les choix d’organisation du travail (verticale/horizontale), la question du pouvoir (pouvoir de la hiérarchie mais aussi pouvoir d’agir des salariés) et de la gouvernance, la considération des métiers et des savoir-faire, la reconnaissance de l’engagement, la révolution numérique et l’arrivée de l’IA, méritent d’être interpellés…
Dans ce contexte, les entreprises qui se reconnaissent dans l’ESS et les communs ont-elles des atouts spécifiques à faire valoir ?
La Coop des Communs constate dans son réseau de praticiens chercheurs une mise à distance du travail au sein des entreprises de l’ESS ou vis-à-vis d’elles, y compris celles qui ont opté pour un fonctionnement participatif. Le projet du GT a consisté à aller regarder si les entreprises de l’ESS et notamment les coopératives, sont en mesure, de par leur valeurs et leur fonctionnement, de mieux répondre à la quête de sens de leurs salarié·es.
Méthodologie et fonctionnement du groupe
Démarche exploratoire (2024-2026)
Cette démarche a permis dans un premier temps de poser les bases d’un questionnaire qui a été testé auprès des salarié·es de trois entreprises volontaires, une SCOP, une SA en cours de transformation en SCIC, un groupe mutualiste.
Dans un second temps, chaque enquête exploratoire a fait l’objet d’une monographie, restituée et discutée avec chacune des trois entreprises s’étant prêté au jeu.
Enfin les enseignements de ces trois enquêtes ont fait l’objet d’une synthèse, identifiant les poits forts et les points faibles de ce qui donne (ou pas) du sens au travail, ainsi que d’une lecture originale à partir d’une grille reprenant les principes des communs.
Approfondissement financé par l’ANACT / ARACT Ile de France (2025 – )
Le projet vise à repérer la manière dont les salariés trouvent ou non du sens à leur travail dans leur expérience quotidienne et les conditions organisationnelles et managériales qui le favorisent ou y font obstacle. Cette enquête expérimentale se déroule dans deux coopératives de l’économie sociale et solidaire (ESS) : Enercoop et Coopaname. Elle s’appuie sur deux outils : un guide d’entretien sur le sens du travail et une analyse ergonomique de situations de travail pour cerner la compréhension des raisons d’agir des professionnel.les. À partir de ces démarches et de leur confrontation, nous envisagerons les manières dont l’organisation des structures pourrait évoluer pour favoriser le sens du travail. La démarche s’appuie sur un comité de pilotage et s’organise en différentes phases. Au-delà d’un rapport d’enquête, il s’agira d’appréhender avec l’ensemble des acteurs, l’intérêt et les moyens d’approfondir la participation démocratique aux décisions qui impactent le travail des personnes.
Une lecture croisée des trois monographies permet de pointer des éléments facilitant la construction du sens du travail :
• le respect et l’attention portée aux personnes et aux situations individuelles
• le fait de ne pas lier la rémunération aux résultats individuels, de gérer solidairement la pression, de pouvoir compter sur les collègues
• les marges d’autonomie au quotidien données aux salarié·es et au management intermédiaire
• l’écoute et la compréhension du travail réel au niveau du management intermédiaire
• la recherche systématique d’une implication effective des salarié·es dans les choix techniques et organisationnels, tactiques et stratégiques
• la possibilité, portée non seulement par les RH mais d’abord par le management de proximité, d’évoluer et de « grandir » avec et dans l’entreprise
• la cohérence entre l’éthique revendiquée et les pratiques effectives de l’entreprise
En revanche d’autres situations entravent cette construction du sens, pouvant engendrer des situations critiques d’absences au travail ou de désengagement :
• la pression sociale sur l’implication, l’incompréhension ou la méconnaissance des réticences individuelles
• l’éloignement des managers vis-à-vis du travail réel, le manque de temps et d’espaces dédiés à l’expression des salarié·es sur leur travail, et/ou les réticences et difficultés de certain·es à y prendre la parole
• des formes de communication ou de « team-building » qui ne facilitent pas l’expression ou la participation de toutes et tous
• une distance sociale et culturelle entre cadres et employé·es / ouvrier·es, reflétant pour une part l’empreinte des mécanismes généraux de domination sociale qui s’invitent au sein de l’organisation
• la difficulté à donner une place et un rôle aux syndicats et/ou au CSE, en particulier dans le traitement des questions du travail
• des changements organisationnels ou stratégiques trop nombreux et/ou pas toujours suffisamment concertés en amont
• la contradiction, d’autant plus problématique qu’elle n’est pas reconnue et discutée, entre les valeurs de l’entreprise et les modèles d’organisation du travail (lean) ou les pressions du marché
• Fin 2024 et début 2025 : lancement du groupe de travail, élaboration de la note d’intention
• Deuxième semestre 2025 : finalisation du guide d’entretien et réalisation des enquêtes exploratoires / réponse à un appel à projets de l’Anact pour donner une suite au travail exploratoire
• Premier semestre 2026 : lancement du projet avec l’Anact, impliquant deux grosses entreprises coopératives / Synthèse des monographies et grille de lecture par les communs
• Deuxième semestre 2026 : organisation d’une rencontre à Paris avec toutes les entreprises impliquées dans la démarche.
Membres du groupe de travail : Nicole Alix, Bernard Brunet, Thomas Coutrot, Gaïa Ozeray, Justine Loizeau, Christian Mahieu, Daniel Le Guillou
Partenaire de l’étude Anact : Julien Lusson (Alternatives Ergonomiques)
Partenaire financier de la suite de l’étude : ARACT Île de France
Publications et ressources
Document de synthèse du groupe de travail « De l’économie, même solidaire, du travail à la politique démocratique de l’ouvrage » publié en mars 2024
DErnières actus du groupe de travail
UN NOUVEAU GROUPE DE TRAVAIL SUR « LE SENS DU TRAVAIL EN QUESTIONS» Interpellée par une tribune de Pierre-Yves Gomez dans Le Monde, évoquant « le travail mis à distance par les comportements et les attentes des nouvelles générations », la Coop des Communs a décidé de mettre en place un groupe de travail chargé d’explorer les…
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